mardi 7 octobre 2008

A la recherche du temple perdu (part. 1)

Après un peu de retard pour le début de mes vacances, me voilà enfin parée pour l’aventure.
Objectif de l’expédition, le « Prasat Preah Vihear », cet ancien temple khmer perché sur les Dangreks, et qui échauffe depuis quelques mois les esprits de part et d’autre de la frontière. Le monument étant maintenant site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il n’est qu’une question de temps avant que les infrastructures touristiques se développent tout autour, et je
voudrais bien profiter de ce lieu avant que le paysage ne soit – probablement - irrémédiablement défiguré… Et un petit tour dans la campagne me fera le plus grand bien.

Mais le voyage commence bien mal : plus de deux heures pour faire les quelques centaines de mètres qui relient le Phsar Thmey (marché central) au pont japonais qui marque la sortie de Phnom Penh vers le nord du pays… Du jamais vu. La circulation devient impossible aux heures de pointe, la faute à tous ces 4x4 et voitures qui se multiplient comme des petits pains. Dire que je n’ai même pas eu le temps de prendre un petit-déjeuner… La journée va être longue ! Heureusement nous voilà lancés, et la route se déroule sans encombres particuliers jusqu'à l’entrée de Kompong Cham, où le bus fait une pause dans ce que l’on pourrait appeler relais d’autoroute local –pause pipi, pause déjeuner etc…

C’est drôle, j’étais déjà passée l’année dernière à ce relais, et c’était le désert. Pas un chat a l’horizon, une pluie torrentielle… Cela contraste avec aujourd’hui : soleil, et ballet d’autobus qui cherchent à se faire une petite place sur le parking en terre devant la cantine, et je peux vous dire que des bus, il y en a : tout comme les voitures, les compagnies de bus se sont multipliées, mais rassurez-vous tout de suite, malgré la concurrence, les prix ne baissent pas. Sorya, GST, Rith Mony, Angkor Ponleu, Limousine Angkor et j’en passe, toutes ces compagnies qui ont fait leur parc avec des vieux bus de récupération (quand on voit l’état des bus, difficile de les nommer autrement) se disputent la route qui relie Phnom Penh, la capitale, à Siem Reap –Angkor.
Pour mon voyage, pas beaucoup de choix: une seule compagnie fait le trajet, et départ une fois par jour. Et encore, ne croyez pas que c’est du tout cuit, comme je l’avais cru en prenant mon billet : le car ne vous mène pas au pied du temple. Il vous lâche quelque part dans la province de Preah Vihear –probablement Tbeng Meanchey, la préfecture.

Bref, une chose n’a pas changé sur les routes du Cambodge : c’est toujours une épreuve quand vous ressentez le besoin pressant de soulager votre vessie : soit parce que les toilettes existants sont vraiment crados – comme c’est le cas dans mon relais autoroute -, soit parce qu’il y a bien des toilettes, mais vous ne pouvez absolument les identifier comme tels (parfois ca se résume à quatre murs et un carrelage), ou tout simplement parce qu’il n’y a pas de toilettes du tout… Et la, si vous êtes dans une région sûre, tout va bien, vous pouvez soulager votre vessie derrière un buisson, mais si vous ne savez pas trop si le coin est encore miné, vous êtes coincés.

Après ce petit état des lieux des toilettes cambodgiens, revenons à nos moutons. Kompong Cham, puis, Kompong Thom, ville au centre du pays. Ici, la route se séparé en deux, vers le Nord Ouest et Siem Reap, ou plein nord, direction la province de Preah Vihear. A la sortie de Kompong Thom, nous nous engageons sur une piste de terre, et toute la beauté du Cambodge rural se déroule sous nos yeux. Je n’imaginais pas que cette province était si belle.

Nous sommes en saison humide, et la campagne est magnifiquement verte, opulente. Le long de la route, des petits villages se succèdent, les maisons traditionnelles khmères sont entourées de manguiers, bananiers, cocotiers et autres arbres fruitiers. Nous croisons des troupeaux de vaches au couleurs dorées et des buffles au ventres bien rond qui dorment dans les rizières ou les petites étendues d’eau que l’on trouve devant chaque maisonnée.


Le temps passe, le soleil se fait un peu moins fort, nous avons même un peu de pluie, ce qui rend la route un peu plus accidentée. Le paysage se modifie aussi, succession de « Prey » la foret, dense et touffue, et des zones de clairière ou se dressent des troncs d’arbres meurtris, brûlés, victime de la politique de déforestation massive… Ces moignons noircis reflètent bien la triste réalité du pays.
Entre trois nids de poules je me rend compte que le jour baisse. Nous sommes encore à plus de 100 km de notre point de chute, et je commence à avoir faim : un « nompang pâté » (sandwich baguette –eh oui ici le pain est encore très consommé- au pâté vietnamien, avec Bok Lhong, une petite salade de papaye marinée) vers 11h30 ce matin…

Nous nous arrêtons de nouveau, car la nuit est proche et le car semble avoir un problème ; pas d’inquiétude, car un voyage sans panne au Cambodge, ce n’est pas un voyage ! Le problème nécessitait pourtant bien d’etre résolu : les phares ne fonctionnent pas, et sans phares, impossible d’avancer. Hormis Siem Reap, et quelques rues de Phnom Penh, l’eclairage public est inexistant, et bien sur, je ne parle pas des pistes de la campagne profonde !

Un compromis semble trouvé, car nous repartons eclaires au clignotant, et je ne vous cache pas que cela a suscite quelque inquiétude : moins que les nombreux –innombrables ?- trous qui jalonnent la route, ce sont les non moins nombreux petits ponts en bois plus ou moins bricolés et surtout très étroits que nous traversons qui m’inquiètent … De là à verser dans les petits cours d’eau il n’y a qu’un pas ! Mais le chauffeur se débrouille bien, et mis a part un passage en montée et dans la boue où j’ai bien cru que nous resterions passer la nuit, nous avons pu avancer sans trop de problèmes.

Je sens la vie revenir dans la pénombre : je peux entendre le bruit de quelques petits générateurs, souvent bricoles avec un motoculteur, qui fournit l’électricité nécessaire la nuit pour allumer un ou deux néons et l’incontournable télévision. J’ai oublie de mentionner plus haut que j’ai pu voir le progrès en marche : dans des zones où il n’y a pas d’eau courante ni d’électricité, on peut voir de belles antennes émettrice pour les réseaux de téléphone portable…
Petit à petit, des gens demandent à descendre du car, il partent et disparaissent dans l’obscurité, mais je sais que nous sommes bientôt arrivés. Et une vingtaine de minutes plus tard, je peux enfin déplier mes jambes et toucher la terre ferme.

Tbeng Meanchey. Un petit attroupement de motos autour de la « gare de bus » (vieux boui-boui épicerie qui fait office de gare quand le seul bus de la journée arrive), des gens qui sont venus chercher les membres de leur famille. Il est déjà tard (pour la campagne), et je me dépêche avec mes amis de chercher une guest house pour poser mes affaires et partir en quête d’un bon repas. C’est chose faite, et je dois avouer que nous nous sommes bien régalés : « Somlor Mchou Youn Trey », soupe aigre-douce à la vietnamienne au poisson, « Chaa Kgney Moan », poulet sauté au gingembre, et puis du riz, bien sur !

Retour à la guest-house, qui je dois bien le dire n’est pas un palace : limite limite pour la propreté. Peu importe, cette journée de car m’a bien fatiguée, et demain il va falloir se lever tôt pour essayer de trouver un moyen de locomotion qui nous aidera à parcourir les 120 km qui nous séparent du Prasat Preah Vihear.
7h, branlebas de combat : je découvre la petite ville, qui ressemble, comme toutes les petites villes reculées, un peu à une ville du Far-West (même si je n’y suis jamais allée). Une rue principale, un petit marché, et les maisons autour.

Une chose étonnante ici, c'est le nombre de panneaux d'affichage contenant des messages de communication en matière de santé: alimentation saine, attention au contact avec les poulets et autres volatiles, non à la pédophilie; utilisez des préservatifs et cie... Et ce panneau, pour le moins percutant. Faute d'hôpitaux...

Après avoir avalé un bon petit kouy tiev, nous allons chercher les taxis collectifs. Manque de chance, aujourd’hui un seul pick-up part vers Preah Vihear, mais il est déjà surchargé ! C’est Pchum Bend, semaine fériée, la fête des morts au Cambodge, et les taxis semblent avoir préféré se rendre à la pagode. Le pick up nous propose de nous déposer pres du temple, mais nous demande une somme astronomique. Et franchement s’entasser a trois a l’arriere du pick-up qui est déjà plus que rempli pour faire une route quasiment impraticable… Non merci.
Les gens nous conseillent de prendre plutôt la seconde route pouvant mener à Preah Vihear, et qui part de Siem Reap. Retour à la case départ, nous partons en taxi collectif pour Kompong Thom, d’ou nous pourrons monter dans un car pour nous rendre a Siem Reap. De la nous pourrons faire le reste du trajet, Siem Reap, Anlong Veng et Koh Mouy, village situé au pied de la montagne ou se trouve le fameux Prasat Preah Vihear.

Bienvenue dans la boite à sardines. Nous montons dans la Camry à gaz et nous nous retrouvons vite à 8 personnes à l’intérieur : deux personnes sur le siège du conducteur, deux sur le siège passager avant, et quatre à l’arrière, dont nous faisons partie.
Nous avons même des guest-stars, deux poules qui se retrouvent contre leur gré, caquettant tant que possible, dans le coffre de la voiture… Elles n’y resteront pas, car manifestant leur désapprobation elles se sont oubliées et ont embaumé toute la voiture… Leur propriétaire a trouvé en chemin un camion-taxi qui a accepté de prendre ses poules en pension. Nous allons vite, il fait chaud, et je peux vous dire que le chauffeur de bus qui nous a conduit hier était un virtuose du volant. Cette piste, c’est comme du gruyère : il y a plus de trous que de gruyère ! La pluie s’invite dans notre voyage, et nous nous retrouvons sur une patinoire. Je sais maintenant pourquoi les gens ici s’obstinent a rouler les fenêtres fermées en transformant la voiture en congélateur : un chauffeur de camion qui avait oublié de fermer sa fenêtre s’est retrouvé en un instant avec un tee shirt ocre, couleur de l’eau provenant des mares aux canards formées en quelques minutes par les averses. Les villageois cheminant le long de la piste et qui oublient de se garer à temps ne sont pas en reste !

Outre tous les convois « extraordinaires » devenus presque habituels (bien que la route ne soit pas franchement fréquentée), nous dépassons un camion, en panne, tracte par un camion. N’ayant pas de cordes, les passagers ont bricolé une perche en bambou accrochée de part et d’autre des deux véhicules qui avancent cahin-caha dans les bosses et les flaques.
4h plus tard, nous voilà arrivés Kompong Thom où nous sautons tout de suite dans un bus qui relie Phnom Penh à Siem Reap. J’ai faim, mais il va falloir encore patienter quelques heures avant de pouvoir se remplir la panse…
Siem Reap… Un peu plus d’un an que je ne suis pas allée la bas, et je vois que la ville a bien change. Ce n’est plus une ville d’ailleurs… C’est un amas d’hotels. Il n’y a plus que des hôtels, des bars et des restaurants. Comme diraient certains de mes amis, Siem Reap est devenu le Disneyland de l’Indochine… Je vois meme quelques hôtels dont la construction s est interrompue en cours de route… Cela ne m’etonne qu’a moitie, étant donne que la concurrence doit être rude. Cela m’attriste et me revolte. Il y a des choses auxquelles on ne peut pas se faire ici. La façon dont une minorité se gavent sur le dos des autres –etrangers ou meme khmers- tandis que ces autres deviennent chaque jour plus pauvres et plus démunis.


De votre envoyée spéciale, la suite un peu plus tard...

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