vendredi 17 octobre 2008

A la recherche du temple perdu (part. 3)

Preah Vihear, nous voilà !!!

Rebelote. Levés tôt, nous sautons dans le touk-touk qui nous mène dans le coin où nous pouvons trouver des taxis collectifs. A priori pas de voiture sur le départ, nous nous attablons dehors pour prendre notre petit déjeuner, en attendant que les conducteurs viennent négocier avec nous. Cette fois-ci, nous ne tenterons l’aventure qu’à deux, car un de mes amis reprend le travail demain sur Phnom Penh. Cette « défection » défection s’avère payante, car il est plus difficile d’arriver à caser trois personnes –dont un grand gabarit de barang- dans la même voiture plutôt que deux –pas trop épais. Après un moment de désespoir total –pas de voiture nous dit-on-, un chauffeur se ravise et après avoir déposé tous ses passagers à Anlong Veng, il nous accompagnera jusqu’à Koh Mouy, le village situé en contrebas de la falaise qui surplombe le fameux Prasat.
Petit jeu de contorsionniste, et nous voilà à nouveau sur la route, dix personnes cette fois-ci dans la CAMRY, comme suit : siège du conducteur, deux personnes, dont, heureusement, le conducteur lui-même ; siège du passager, quatre personnes, deux femmes avec deux enfants ; à l’arrière, quatre personnes.

Plus de place pour bouger, heureusement, je suis près de la fenêtre pour admirer le paysage. La première partie du voyage est tout à fait agréable, car nous passons par les routes d’Angkor, nous pouvons donc jeter un œil sur quelques magnifiques temples… Puis après avoir passé une zone montagneuse (petites montagnes recouvertes par la jungle), nous nous progressons dans une plaine à visage hostile. Plus l’on s’approche d’Anlong Veng, plus le paysage est triste : je crois que cette région a profondément souffert de la vaste politique de déforestation du pays, et nous voilà au milieu de nulle part, sur un lieu mi plaine, mi brousse, avec au milieu quelques arbres calcinés, et beaucoup de troncs coupés.

Cela ne respire pas le bonheur, d’autant que cette région du Nord, tristement connue comme étant l’un des derniers bastions Khmers rouges (Anlong Veng est, si je ne m’abuse, l’endroit où se trouve la maison du KR Ta Mok, dit joliment « le boucher » (il ne doit plus y être car je crois qu’il attend de passer en jugement)…


L'entrée d'Anlong Veng

Ajoutés à cela une route dans un état pitoyable , avec tout ce qui caractérise la route typiquement cambodgienne : trous, bosses, poussière, et cailloux, et vous trouverez que le voyage n’est pas des plus heureux. Pourtant, il y a des traces de travaux de construction des routes : des machines, des tas de gros cailloux sur les bords… mais pas un ouvrier en vue.
Il a plu hier, et les routes sont aussi boueuses par endroit. J’ai pu apprécier une scène formidable. Au beau milieu d’un village, la route se transforme en vrai marécage : sur une dizaine de mètres, remplaçant la piste, une sorte de marécage boueux d’une profondeur d’environ 50 cm. Sur un des côtés de la route, un gros camion, qui s’était embourbé et qui a fini par se renverser.

Bien sûr cette scène est l’attraction du village gros attroupement autour du camion, avec les pauvres gars qui entreprennent de désembourber le camion en creusant… avec les mains ! Autant vous dire que cela risque de prendre quelques heures… si ce n’est quelques jours (puis alors je n’ose même pas imaginer ce qui va arriver à ce camion s’il prend à la boue de se mettre à sécher). De ci de là, quelques téméraires à moto ou a pieds se lancent pour un bon bain de boue, mais impossible pour nous de passer en voiture. Qu’à cela ne tienne. Les petits malins de la maison qui se trouve juste sur cette portions de route on parsemé leur terrain de planche de bois, et un gamin haut comme trois pommes tient une barrière, qu’il acceptera de lever uniquement si vous vous acquittez du droit de péage de 5000 riels (ce qui me paraît énorme, mais en même temps quand on n’a pas de concurrence…)


Bref, nous avons pu passer, mais une fois dépassé Anlong Veng, où nous avons fait un pause pour laisser descendre des gens, et où le chauffeur en à profiter pour recharger sa voiture en gaz, la route n’a fait qu’empirer. Et c’est là, qu’au milieu de nulle part (pas une habitation visible à des km), vous avez des enfants qui ont également remplis les trous de planches de bois, et qui attendent les passants (qui ne sont pas nombreux) en joignant les mains devant le visage pour demander rétribution de leur (pénible) travail. Certains passages que les enfants n’ont pas repérer nécessitent une collaboration spéciale du co-pilote (celui qui se trouve sur le même siège que le conducteur), qui descend, et essaie de repérer dans la mare de boue quel pourrait être le meilleur passage … En bon éclaireur, il s’enfonce dans la gadoue, pour sonder l’amplitude du problème...
Nos compères s’avérant plutôt compétents, nous progressons dans obstacles majeurs. La route se transforme par moment en vraies montagnes russes, et nous laissons nos derniers passagers –les deux femmes et les deux enfants- au milieu de nulle part dans un centre d’étude sur le sida et la drogue… Surprenant. Ces personnes sont elles si dérangeantes que l’on doivent les envoyer au beau milieu de nulle part ?




Une demie heure après avoir quitté le centre, nous arrivons dans un minuscule village (qui possède par ailleurs un très joli rond-point) et qui sera à notre grande surprise la dernière étape de notre fidèle Camry : à partir de là, la route est trop mauvaise pour la Camry, argumente notre chauffeur. Après une pause déjeuner bien méritée, c’est dans le pick-up d’un chef militaire que nous nous retrouvons. Plus confortable, moins chaud, et surtout avec ça, on est sûr d’arriver au bout (encore que…). La bonne heure et demie qui nous sépare de Koh Mouy est l’occasion pour nous de tailler une bavette avec ce militaire ma foi fort sympathique, en poste dans la région depuis plus de 20 ans, et de faire le point sur la situation explosive de Preah Vihear (pour ceux qui ne seraient pas au courant, vous pouvez lire les posts précédents).
La première partie du trajet nous fait comprendre pourquoi la route n’était pas praticable par la Camry. Je ne suis pas malade, mais presque ! Puis petit à petit la route s’améliore, et nous entrons dans une zone de jungle. Rapidement, nous voyons s’étaler –pourtant à plusieurs dizaines de km de la zone reluquée par la Thaïlande- des campements de militaires. Quand je dis campement militaire, ne vous attendez pas au nec plus ultra : quelques bambous assemblés sur lesquels sont accrochés des baches bleues et vertes, deux trois hamacs, une moto, et puis c’est tout. Dans l’attente, les militaires en tongs sont dispersés un peu partout autour, les uns faisant leur lessive dans un petit cours d’eau, d’autre mangeant sur une souche d’arbre, bref, ils semblent quelques peu désœuvrés. Pendant plusieurs km se trouvent des « petites grappes » de militaires cambodgiens qui attendent des ordres.
Vers 13h, nous arrivons enfin à Koh Mouy.

2 commentaires:

Jean-Sien a dit…

Yo Estelle, j'avais pas du tout vu que t'avais un nouveau blog depuis l'ancien ! trop cool !
Ta Mok, le boucher, est mort en 2006 à Phnom Penh, à l'âge de 80 ans, il avait été arrêté en 1999. Anlong Veng, c'est aussi et surtout l'endroit où est mort Pol Pot, on m'avait proposé de visiter sa maison, mais j'ai refusé, j'étais pas en état, je me sentais super mal à l'aise là-haut, sur la colline.

Est-elle a dit…

Je ne me suis pas arrêtée là haut non plus. La traversée de la région m'avait déjà suffisamment impressionné... J'imagine que cela change rapidement, avec la construction de la route...