dimanche 26 octobre 2008

A la recherche du temple perdu (part. 4)

Notre officier de l’armée cambodgienne nous déposé dans ce minuscule village, et nous lui offrons un petit café glacé pour le remercier. Quoi de plus rafraichissant qu’un bon petit café glacé après un long voyage, et une chaleur écrasante. Très vite, une, puis deux personnes nous rejoignent autour de la table, et notre militaire en chef sort de sa serviette deux trois cartes de la zone disputée, et tous les hommes prennent un air affaire en tournant les documents dans tous les sens… Très honnêtement, je pense qu’il n’y comprennent rien du tout, car je n’ai jamais vu un khmer comprendre quoi que ce soit à un plan.

Deux motos arrivent pour nous emmener, c’est la dernière ligne droite avant d’atteindre, enfin, le but de ce voyage.
Et quelle ligne droite ! Ce passage sinueux à flanc de montagne est le trajet le plus acrobatique du périple. Je peux vous dire que j’ai serré les fesses à l’arrière de la moto… Des passages très impressionnants dans la montée : il faut s’accrocher et se pencher autant que possible vers l’avant pour que la moto parvienne à grimper, sinon, on est dans la m… Mais les conducteurs font l’aller-retour plusieurs fois par jour pour ravitailler les habitants et le petit marché qui se trouve là-haut… assez vite, la confiance s’instaure, et tout en continuant à grimper, j’admire le paysage qui s’étend : à ma gauche, les reliefs accidentés de la chaîne des Dangreks, recouverte d’une jungle dense… Cela me rappelle la Déchirure, le moment où le journaliste se sauve pour rejoindre la frontière avec le gamin sur ses épaules… Et un petit frisson quand je pense que ces paysages enchanteurs sont toujours truffés de mines. Pas la peine d’aller loin d’ailleurs pour s’en rappeler : à ma droite, entre les petits groupes de militaires qui campent au milieu des fameux panneaux à tête de mort, « DANGER, Mines »…
Quand je pense qu’après avoir eu un de leur soldat qui a malencontreusement perdu ses jambes sur un de ces engins il y a quelques semaines, ces !@?# ont osé dire que les Cambodgiens étaient aller poser des mines sur le territoire disputé ça me met franchement de mauvaise humeur.

Un dernier passage très impressionnant dans un camp de militaires, et à proximité immédiate, un champ de broussailles entouré d’un gros rouleau de fils barbelés : des mines encore, au contact immédiat des quelques habitations qui entourent le marché qui se trouve au pied du temple. D’un côté du marché, le passage de frontière avec la Thaïlande, ferme depuis le début des tensions, derrière lequel se déroule une somptueuse route à 4 voies toute neuve.

Oublions ce côté du marché que ne m’intéresse pas, pour aller regarder de l’autre côté : une ambiance très particulière, après le grand soleil du matin. Il pleut presque, le temps est humide, et presque froid. Le marche semble comme abandonné : il n’y a plus de touristes, les étals sont vides, et les quelques personnes qui trainent dans les allées sont des militaires cambodgiens désœuvrés. Pas d’électricité, pas d’eau courante. Pas beaucoup de nourriture non plus : cette zone frontalière est très dépendante de la Thaïlande. Les militaires, eux sont nourris par les villageois autour, tandis que des dons de Cambodgiens –qui se sentent très concernes par le conflit- arrivent de temps en temps par camions pour nourrir les militaires en tongs.

Et … enfin !


En haut du premier escalier. En face, la Thaïlande et leurs soldats en noir qui surveillent le temple...

Bon je sais je ne suis pas née ici ! C'est pas grave, on peut affirmer son sentiment extra-nationaliste de temps en temps ;-)


Prasat Preah Vihear est un temple hindouiste, construit au 9 e siècle par un roi Khmer. Le temple, perché sur une falaise, est une succession de différents édifices reliés par de belles allées bordées de Naga ou de Linga. Le dernier bâtiment, dont la structure ressemble à ce qu on peut trouver à Angkor, est au bord de la falaise.

Une vue magnifique -le plus beau panorama du pays?- sur toute la plaine du Cambodge... grignotée petit à petit par le brouillard. Le site est plongé dans une atmosphère de mystère très particulière.



A la pointe du temple, au bord de la falaise, le petit campement militaire est plongé dans le brouillard. Ils passent, l'un se cache derrière l'un des portes du temple pour prendre "sa douche" à grand coups de seau d'eau froide, l'autre se brosse les dents... Ils attendent.

Difficile de décrire la sensation de ce moment d'exception. Le temple d'habitude assez fréquenté par les visiteurs venus de Thaïlande, est désert : la frontière est fermée, et nous partageons les lieux avec quelques grappes de militaires désoeuvrés, qui déambulent silencieusement. On imaginerait bien l'apparition d'un fantôme ou d'un de ces dieux mythiques qui peuplent l'imaginaire khmer... Et pourtant, c'est une ambiance sereine, où l'odeur puissante de la forêt humide monte au fur et à mesure que le brouillard s'épaissit.

L'humidité commence à pénétrer jusqu'aux os. Il est temps de revenir vers le petit marché. J'ai décidé de passer la nuit en haut, près du temple.

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