mercredi 29 octobre 2008

A la recherche du temple perdu (part. 6)

Pour la dernière journée à Koh Mouy, il va falloir inventer: hormis la petite rue où se trouve le petit marché (où il n'y a d'ailleurs pas grand chose), les gens sont un peu désoeuvrés. C'est normal, il n'y a pas de travail dans la région. Les provinces du nord, comme Preah Vihear, Oddar Meanchey ou encore Bantey Meanchey, sont des régions en marge du fantastique (pas toujours dans le meilleur sens) du développement que connait une partie du Cambodge. Quelles raisons ? En premier lieu, l'éloignement ? Le réseau routier, bien qu'en amélioration constante (vraiment?), rend l'accès à ces régions pénible de la capitale. Ce sont aussi ces mêmes régions du Nord qui ont le plus longtemps souffert de la guerre : les derniers khmers rouges s'y étaient réfugiés, et tout travail de la terre y est encore largement difficile sur des terrains encore truffés de mines. Et après... comme partout au Cambodge, manque cruel de ressources énergétiques, notamment en électricité. Et puis...
Bref, ici il n'y a rien à faire! Pour la nourriture, les habitants de cette région frontalière sont largement dépendants de la Thaïlande. Pas de passage ouvert, pas de quoi remplir le garde manger.

Il y a quand même bien, comme dans tout village digne de ce nom, le petit terrain de volley-ball, sport hautement apprécié par les Cambodgiens (après bien sûr la boxe, et le football). Les militaires en contrebas de la montagne se sont même bricolé une petite salle de cinéma. Entendez, sous une bâche en plastique, une télé, deux trois sièges, et le tour est joué. Ne me demandez pas sur quoi ils ont branché la prise, mais ça ne m'étonnerai pas que les batteries de leur voitures se trouvent à plat à la fin de la matinée...

Mais, comme décidément ce n'est pas un voyage comme les autres, mon ami Sovan, originaire de SIhanoukville, rencontre dans ce petit village paumé, un autre de ses amis qui vient de SIhanoukville. Ils ont travaillé ensemble il y a plusieurs années sur des bateaux de pêche! Incroyable! Le petit monsieur, qui avait un lopin de terre là bas, a vendu et est venu jusque dans ce trou paumé acheter un plus grand terrain, en espérant que la région se développe. Résultat, il passe ses journées à attendre que quelque chose se passe. Ses enfants sont dispersés dans tous le Cambodge pour pouvoir aller à l'école, et sa femme ne devrait d'ailleurs pas tarder à arriver à Koh Mouy.

Il nous invite à boire le thé chez lui. Autant vous dire que c'est rustique : il loue une chambre dans une cabane en bois, 30 dollars par mois. C'est pas cher, et on comprend tout de suite pourquoi : des trous entre les planches des murs, masqués par des pages de magasines "pipole" locaux, des planches de bois pour lit, un sol en terre battue, et roulez mimile.
Et pourtant, avec une grnde gentillesse il nous invite à partager son repas, qu'il part d'ailleurs agrémenter d'un bon pas. Il revient avec une bonne quantité de poissons grillés et du riz. C'est très bon.

Et comme il n'a rien à faire (les journées sont longues apparemment dans le coin), il propose de nous remonter au temple après le repas. Et nous voilà repartis. Nous avons de la chance, il fait beau, nous allons pouvoir apprécier le temple d'une autre façon !

Du soleil, et une petite visite guidée !

Une des particularités des Cambodgiens, c'est qu'ils aiment "Angkoy Leng". En gros, "Angkoy leng" ça veut dire "Viens t'assoir et t'amuser" ou comment passer l'après midi assis tranquillement à papoter.
Nous avons donc commencé à Angkoy Leng à trois (enfin moi j'essayais plutôt d'écouter) à l'ombre, à côté d'un dormeur, qui ne tarda pas à s'asseoir avec nous et papoter. Puis, une personne en appelant une autre, un balayeur passant dans le coin vient s'ajouter à la conversation, puis un autre, etc...
Cette sociabilité est une des choses très agréable au Cambodge. Ce contact, entre personnes qui ne se connaissent pas du tout, mais qui seront toujours partant pour discuter et passer un bon moment ensemble est quelque chose que j'ai l'impression d'avoir oublié. Bien sûr ici, les gens ne recherchent pas la solitude, ils préfèrent et ont l'habitude de vivre en "grands groupes" (famille élargie), et cela facilite sûrement les choses. Dans tous les cas, c'est parfait pour moi aujourd'hui, même si je ne comprend pas grand chose. Ce sont les petits moments agréable de la vie cambodgienne. Un peu de nature, beaucoup de soleil, et bla, bla...

Et c'est tout en papotant que nous reprenons notre visite. Rien à voir avec hier. La brume dissipée, laisse place à un temple abîmé certes, mais qui n'a pas perdu de sa superbe.



Au bout du temple, j'admire encore le paysage qui s'étale sous mes pieds. La falaise est vertigineuse, et je ne suis pas bien rassurée, mais la beauté du spectacle me fait oublier un peu ce qui se trouve en dessous.

Une petite photo avec mon nouvel ami, puis il nosu emmène dans un petit coin à l'abri des regards. Sous nos pieds, il y a un petit passage qui nous mène vers un petit lieu de prière.
Il m'explique que là, un homme s'est jeté de la falaise pendant la guerre, pris entre deux feux -khmers rouges et thaïs.
Dans la région, sur cette même chaîne de montagne, plusieurs massacres ont été commis par les Thaïlandais pendant la guerre. Il refoulaient par milliers les Cambodgiens qui tentaient de fuir de leur pays. Plusieurs dizaines de milliers ont été précipités du haut de ces falaises...

Un petit instant de prière, encens et prosternation. Notre ami à l'air assez croyant. Il nous emmène encore dans l'enceinte du Prasat Preah Vihear où une statue de Bouddha a été installée. Je vous y destine une petite pensée, souhaitant bonheur et santé pour tous mes proches. En redescendant, nous nous arrêtons à nouveau au Wat Kiri Svara, et re-prière. Il paraît que selon les temples, les moines sont plus ou moins puissants. Les prières ont plus ou moins de chance d'aboutir. Un bouddhisme teinté de magie...

Après m'être installée dans ma chambre à Koh Mouy (guest-house similaire à la nuit précédente) et où j'ai eu la surprise de voir que, remplaçant les indémodables portraits du Roi père et de la Reine mère, le portrait du PM Hun Sen et de sa femme trônaient à l'entrée (on n'est pas pour rien dans un ancien bastion KR), nous nous rendons dîner chez notre ami. Dîner typiquement cambodgien, dehors, tous ensemble. Là encore, des passants nous rejoignent pour manger un peu ou boire une bière offerte par notre hôte, et je me régale. Au menu :
soupe aigre douce aux petites anguilles, poisson grillé, "tuk krueng" une spécialité typiquement khmère, sauce cuisinée à base de Prahok ("fromage" de poisson khmer) dans laquelle on trempe divers légumes, feuilles et fleurs et que l'on mange avec le riz. La femme de notre ami arrive à la nuit tombée et me fait gouter des petits oiseaux grillés! C'est un vrai festin.

Puis je retourne me coucher, car nous avons trouvé pour demain un taxi qui nous mènera à Siem Reap. Départ 6h tapantes.
Petite anecdote : sur le chemin du retour, une petite dame nous a expliqué qu'elle était venue à Koh Mouy de loin : elle vient de la raison de Sihanoukville. Armée, elle n'est venue ni pour défendre le temple, ni pour le visiter. Paraitrait-il que la maîtresse de son mari vit à Koh Mouy. Elle était bien entendu venue pour la descendre. Bien heureusement, elle ne l'a pas trouvée, et repart donc avec son ressentiment sans avoir eu le temps de refroidir la jeune femme coupable.
Je suggère que le coupable dans l'histoire, ne serait-il pas plutôt le mari ?

Un peu plus de 12h plus tard, me voilà de retour à Phnom Penh. Ce fût un très beau voyage.

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