dimanche 23 janvier 2011

Où il ne fait pas bon être un buffle !

Visite chez les Kachok, tribu des hauts plateaux

Pendant trois jours, un très beau trek dans le Ratanakiri, nous a permis d'apprécier tout à la fois la beauté et la diversité de la forêt -non encore trop saccagée- du pays Kachon et d'entre-apercevoir un autre monde, au travers de la vie de villages des ethnies Kachok (environ 2000 personnes), et Kreung (plus ou moins 17 000 individus) et qui vivent encore selon le rythme des saisons et des récoltes, imprégnés de leurs croyances animistes toujours très prégnantes, surgies d'un tout autre temps... Fascinant !


Le départ du trek se fait à une cinquantaine de kilomètres de Banlung, et la route empruntée pour rejoindre notre point de départ, un petit "port" sur la rivière Sesan, me redonne le goût de la terre rouge qui m'avait tant impressionnée lors de ma première visite dans le Ratanakiri. La route, et les plantes environnantes sont de la couleur de cette terre qui recouvre tout, la nature voit rouge, et cette terre odorante nous enveloppe avec chaleur.

Cambodia - Sesan river

Nous retrouvons un paysage tout autre dès lors que nous montons sur la pirogue qui nous emmènera jusqu'à Koh Piek, le village Kachon où nous retrouverons notre guide ranger. De nombreux bancs de sable nous obligent à descendre du bateau: un barrage au Vietnam, où la rivière prend sa source, souffle le chaud et le froid sur la rivière...

Cambodia - on the Sesan river, a guide to dodge sand banks made by a dam on the vietnamese side of the river
Posté à l'avant de la pirogue, un jeune Kachok indique les bancs de sables créés par un barrage construit en amont, de l'autre côté de la frontière au Vietnam

Koh Piek est un village "double": le village, installé le long de la rivière Se San avec sa petite école, sa salle commune... et quelques kilomètres plus loin, les fermes, petites maisons de bois éparpillées dans la plaine, que les habitants viennent occuper pendant les saisons des récoltes... C'est ici que nous passerons la seconde nuit de notre trek, croisant à l'approche du village, qui, une personne partant à la chasse avec une petite arbalète bien que les probabilités de rapporter quelque petit animal soit bien faible, qui, un gamin qui part traîner ramasser quelques brindilles ou quelques feuilles qui trouveront leur usage dans les villages... dans cette forêt qu'ils connaissent sur le bout des doigts !

Cambodia - Trek in Ratanakiri, forest
Dans la forêt, primaire et secondaire... 

Cambodia - Trek in Ratanakiri, waterfall
Petits havres de paix dans la forêt. 
D'après les rangers indigènes, des cascades de taille inégalées couleraient au milieu de la forêt, 
à plusieurs jours de marche... 

Tout ce que les Kachok produisent, l'est pour leur propre consommation, la culture du riz, l'élevage, la fabrication de couteaux et autres paniers, ces grosses jarres remplies d'alcool de riz et la cueillette de pousses de bambous ou de jeune rotin dans la forêt, tout cela ne génère aucun revenu pour les villageois. De temps en temps un poulet, une vache où un buffle est vendu pour permettre aux uns et aux autres d'autres produits ne pouvant être produit sur place... vêtements, et peut être même maintenant un téléphone portable pour ces jeunes tribaux puisque qu'une compagnie atteint maintenant ces hauts plateaux ! La fin d'un monde ?

Cambodia - Boiling water
Alors que les télévisions ont déjà atteint beaucoup de foyers du Cambodge rural, pour le moment sur les plateau, l'électricité et autres modernités ne sont pas à l'ordre du jour !
Une maison du village munie d'un générateur fait office de lecteur de musique pour tout le village, et répond aux besoins en énergie de tout le monde.

Cambodia - Kachok ethnic farmer
 Les femmes pilent le riz pour séparer le grain de son enveloppe. Un travail de force et d'adresse...

Cambodia - Small houses made from rice straw to protect farmers from the heat on daytime
Ces petites maisons faites de pailles de riz gardent une température fraîche à l'intérieur contrairement aux fermes en bois, et servent d'abris aux paysans lors des fortes chaleurs de la journée.




A l'inverse, les nuits sont froides et avant le lever du jour, quand la myriade d'étoiles laisse place à une lumière timide, on peut distinguer de nombreuses colonnes de fumée échappées de feux qui réchauffent les occupants du plateau...

Inoubliable arrivée du soleil...

Cambodia - Kachok ethnic making machetes
Travail du métal pour la réalisation de machettes qui seront bien utiles dans la forêt...

Marque du temps, pour des terres immuables, quelques blocs de béton : le village des Kachok a dû comme beaucoup sous le régime khmer rouge se mettre en branle pour construire un long barrage destiné à maîtriser les inondations de la plaine maintenant cultivée. Le village, lui, porte encore les traces de cette période, les fours servant à la cuisine des cantines collectives étant restés quasiment en l'état.

Si les villageois -les Kachok, mis à part quelques personnes isolées, ne s'étant pas ralliés aux Khmers rouges, comme certaines ethnies, comme les Jaraï par exemple, bref, si les villageois ont dû travailler d'arrache-pied pour la construction du barrage, le village semble avoir connu quelques améliorations pendant cette période, notamment en ce qui concerne les problèmes de santé ! Les pratiques animistes étant interdites par le régime, les sacrifices et autres pratiques magiques qui ne faisaient que diminuer les chances de survie d'un malade, n'avaient plus court, et l'on distribuait de "vraies" médecines... venues de Chine.

Cambodia - Children from minorities are vulnerable to the low hygien conditions
Les enfants sont les premières victimes de la précarité des soins dans les tribus. Des sacrifices faits pour la guérison d'un enfant ne suffiront pas toujours à les maintenir en vie...


Les Khmers rouges ayant disparus des Hauts Plateaux, les croyances et pratiques animistes sont revenues et semblent toujours bien vivantes... Les ethnies prient les esprits Araks, esprits ou génies de la nature... Une première bouteille de cette alcool de riz fermenté dans les grosses jarres sera toujours offerte, accompagnée d'un peu de nourriture. Le fabricant de cet alcool, en boira toujours les premières gorgées avec sa femme, afin que leur couple soit reconnus par ces esprits, avant que tout le monde puisse se joindre à la dégustation. Dans les champs, on retrouve des sortes de totems, dans lesquelles ont viendra glisser un peu de nourriture...

Cambodia - Ratanakiri - Jars for the Rice alcohol done mby minorities, made from rice, paddy
De magnifiques jarres en terre pour l'alcool de riz, parfois très anciennes sont dispatchées dans les maisons...


 Cambodia - Ratanakiri - Totem where food is regularly offered to spirits
Disposés dans les champs de riz, ces totems où les offrandes pour les Araks sont déposées régulièrement
Face à la maison commune du village cette fois-ci, des signes un peu plus inquiétants... un long poteau, entouré de quatre perches en bois disposées selon les quatre points cardinaux, destiné... aux sacrifices de buffles... La pratique peut sembler un peu barbare, mais ce sont des rites ancestraux... destinés à s'attirer l'assistance des esprits... Tous les évènements pour lesquels le soutien des Araks est nécessaire, notamment pour obtenir une guérison, une bonne récolte... passent par le sacrifice d' un ou plusieurs buffles, en fonction de la richesse de celui qui commandera le sacrifice. Les buffles blancs, paraît-il, sont spécialement appréciés... Le buffle sera attaché à se poteau, et battu jusqu'à ce que mort s'ensuive...
Sa viande sera ensuite distribuée dans les familles du village.

Cambodia - Hard life for the buffalos raised by minorities... and regularly sacrificed

Plus légère, également, cette pratique, à la fin des récoltes quand les familles réintègrent leurs maisons du village, destinée à éloigner les mauvais esprits qui ont pris possession de leur maison au moment où les habitants travaillaient dans leurs fermes et leurs champs de riz : tous les enfants se réunissent, et en procession vers la rivière portent de la nourriture destinée aux esprits préparée par leurs familles, les attirent ainsi à l'extérieur du village. Les adultes, une fois les esprits réunis en contrebas sur la berge de la rivière, se regroupent, arbalètes, machettes et autres armes à la main, dissuadent les esprits de retourner dans le village. Ils n'ont plus d'autre choix que de se jeter dans la rivière, et de se laisser porter vers d'autre villages où ils pourraient peut-être trouver refuge...

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